C’est l’histoire d’un petit être, sensible et
plein de bonne volonté, qui se retrouve on ne sait comment sous un
toit où rien du boire et du manger ne lui est refusé.
« Qu’est-ce, diable, que ce bout de chair qu’on
nourrit à volonté, qu’on tient au chaud autant qu’on le
peut, et qui malgré tout, pleurniche sans arrêt.
Quoi d’autre ? Une bonne trempe remettra vite ce
récalcitrant sur le droit chemin. » Les parents ne
sont-ils pas là pour préparer leur progéniture à la dure réalité de
la vie ? Tellement de souffrance, d’injustice,
d’insatisfaction et de lutte inutile. « Il faudra bien
qu’il l’apprenne assez tôt. Et puis,
puisqu’on n’a rien connu d’autre, pourquoi
connaîtrait-il, lui, ce qui nous a été refusé ? »
Le temps passe, accompagné de ses rêves, de ses révoltes,
souvent vaines, de ses déceptions, parfois profondes, et de ses
résignations.
De ses combats gagnés aussi, de ces victoires qu’on ne
doit qu’à soi. De celles qui font qu’on se sent grand,
qu’on se sent fort.
On a même une certaine estime de soi.
Et puis, un jour, quelqu’un venu d’on ne sait
où et motivé par on ne sait quoi, montre à ce petit être devenu
grand, une sorte d’intérêt. Un intérêt…
inexplicable.
Ce n’est pas seulement de l’intérêt. Il y a ce
quelque chose de plus grand. Serait-ce de l’Amour. Un amour
gigantesque, vertigineux.
« Diable, il semble être devant l’essentiel de sa
vie. Quel crétin, il s’est trompé, c’est
sûr. »
« il n’est pas n’importe qui. Il est
intelligent, cultivé, sensible, riche de personnalité. Pourquoi
s’est-il arrêté sur ma route ? »
Petit à petit, à force…, parce qu’on ne
résiste pas aux biens faits de la valorisation de soi qui émane de
l’autre, on apprend presque à s’aimer aussi…
Oui. Finalement, on aime assez bien celui que l’autre
semble adorer.
C’est tellement bon. La vie est tellement belle.
L’humanité finalement n’est pas aussi exécrable
qu’on le dit. Elle a une part si … Belle.
Et le voilà heureux, presque comblé. Reconnaissant.
Tellement reconnaissant.
Il sacrifie ses rêves, ses révoltes, ses déceptions, ses
résignations, ses combats gagnés aussi, des victoires qu’il
ne devait qu’à lui, qu’à sa force, sa grandeur. Dans le
fond, il n’en a plus besoin.
L’Autre…l’Amour de l’autre nourrit son
âme.
La reconnaissance génère l’offrande. De l’offrande
au sacrifice, il y a un pas.